Alexis St-Gelais, M. Sc., chimiste
Lorsqu’on discute d’un sujet scientifique, il est important d’aller au-delà des opinions et du ouï-dire si l’objectif est d’apprendre des informations valables ou de formuler une conclusion sensée. À ce titre, la source des éléments soumis à la discussion deviennent très importants. Pour le meilleur et pour le pire, nous vivons à l’âge de la surenchère informationnelle. Internet est rempli à la fois d’excellentes et d’horribles données, et les explications fournies par des experts à la crédibilité indéfinie compliquent encore la tâche de distinguer le vrai du faux. L’une des sources les plus utiles et crédibles vers lesquelles on peut se tourner lorsque l’on cherche une information (et que nous devrions pouvoir citer avant de présenter des faits) est la littérature scientifique. Mais comment fonctionne-t-elle, au juste?
La littérature scientifique peut être catégorisée en différents niveaux. La littérature tertiaire en est la forme la plus transformée. Elle contient de l’information digérée à partir d’autres textes scientifiques variés, et présentée de manière à être accessible à divers publics (incluant, souvent, les non-initiés) afin de transmettre des principes et faits largement reconnus. Ce genre de littérature a l’avantage de présenter un large portrait d’un sujet. Pour sa part, la littérature secondaire présente une revue de la littérature scientifique par des experts pour des experts, ayant pour objectif de centraliser toutes les connaissances disponibles sur un sujet précis à un moment donné. Elle permet parfois de mettre en évidence des tendances larges qui échappaient aux études spécifiques. Ce genre de texte demeure d’abord et avant tout destiné à un public scientifique informé. La littérature la plus abondante, toutefois, est la littérature primaire, c’est-à-dire les articles scientifiques, les thèses ou encore les comptes-rendus de conférences ayant été révisés par les pairs. La figure 1 montre un exemple de littérature primaire. Ces textes ont toujours pour objectif de présenter de nouvelles découvertes, préalablement jamais décrites, à la communauté.

La révision par les pairs est une pierre angulaire de la pratique scientifique actuelle. Elle poursuit deux objectifs: assurer que les données présentées ont été récoltées et interprétées en accord avec les meilleures pratiques en cours dans leur domaine; et écrémer les raccourcis, les biais, les conclusions farfelues et la surenchère non-fondée, ou encore filtrer les travaux qui n’ajoutent rien de neuf aux connaissances (ou pire, qui ont été plagiés). Voici les étapes devant communément être franchies par un travail scientifique avant d’être publié dans un journal sérieux:
En règle générale, des travaux ayant subi une révision par les pairs devraient être considérés comme plus fiables que des informations glanées sur des forums, des blogues, ou par bouche-à-oreille. On devrait même se méfier d’informations provenant d’experts eux-mêmes (ce qui nous inclut) et qui ne seraient basées que sur l’autorité scientifique de ces derniers, et non sur des données ou des sources vérifiables. Cela s’explique par le fait que nul n’est entièrement à l’abris des biais, qu’ils soient conscients ou non. L’apport constructif de collègues scientifiques va plus loin pour améliorer la qualité des découvertes présentées dans des articles scientifiques.
Toutefois, cela n’est pas le fin mot de l’histoire. Il existe certains pièges à éviter lorsque l’on consulte de la littérature primaire – mais cet aspect sera abordé dans une seconde partie!